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Les coulisses de la création d'un patron de couture : poser les bases

  • Jan 23, 2026

Créer un patron de couture : comprendre les bases du patronnage


💃 Du corps réel au patron : là où tout commence...

Vous êtes-vous déjà demandée comment est construit un patron de couture ?
Quand on l’ouvre, on ne voit que des lignes, des courbes, des repères… mais on n’imagine pas tout ce qui a précédé ces tracés.
Et pourtant, avant même le choix d’un style ou le croquis d’un modèle, une part essentielle du travail est déjà accomplie.

Dans mon précédent article (premier volet de cette série Les coulisses du patronnage), je vous avais fait découvrir le métier de modéliste, ce savoir-faire discret à la croisée de la créativité, de la géométrie et de la rigueur technique.
👉🏻 Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous invite à le retrouver ici : [lien vers le volet 1].

Dans ce deuxième volet, je vous invite aujourd’hui à entrer au cœur du processus et à découvrir la toute première étape de la création d’un patron. Une étape souvent invisible, mais cruciale : partir du corps réel en 3D, le comprendre, le traduire en données et en tracés maîtrisés à plat .

Vous découvrirez dans cet article comment naissent les tableaux de mensurations et comment se construisent les bases des patrons : les fondations sur lesquelles tout le reste s’appuiera et qui conditionneront le tombé et le confort du vêtement final.

L’enjeu est simple : la réussite d’un patron ne se joue pas au moment le plus visible – le dessin ou le style – mais bien en amont, dans cette phase méthodique et exigeante, où rigueur et précision ouvrent la voie à la créativité.

Je vous emmène donc avec moi, pas à pas, là où tout commence vraiment…



📏 1 - Définir les mensurations : le point de départ indispensable d'un patron de couture

Un patron ne commence pas par un dessin.
Il commence par des chiffres. Beaucoup de chiffres !

Quand on achète un patron, on ne voit qu’un tableau très simplifié : tour de poitrine, tour de taille, tour de bassin. Ces trois mesures sont devenues familières, au point de donner l’impression qu’elles suffisent à résumer un corps.
En réalité, ce ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Construire un patron, c’est traduire, en lignes et en courbes, un corps humain complexe, vivant, aux formes irrégulières. Et pour cela, trois mesures ne suffisent évidemment pas.
Selon les méthodes de modélisme, on s’appuie sur 25 à 40 mensurations : hauteur de buste, longueur et pente d’épaule, largeur de carrure, hauteur et écart de poitrine, tour de cou, largeur de biceps… La liste est longue, et surtout indispensable.
Chaque mesure apporte sa part d’information. C’est leur combinaison qui permet de réussir à traduire un corps – qui est en trois dimensions –, en une construction géométrique sur un papier à plat.


Le "standard" en patronnage : une moyenne, pas un corps réel

Que l’on travaille en sur-mesure ou en patron multi-tailles, la démarche de départ est la même : comprendre le corps que l’on va habiller.

En patronnage sur-mesure, le point de départ est clair : on prend les mesures d’une personne précise, avec le plus de justesse possible, pour créer un patron fidèle à son corps.

En patronnage multi-tailles (pour les vêtements du prêt-à-porter ou les patrons prêts-à-coudre), la logique est un peu différente. Il n’y a pas de corps unique à observer… mais un corps moyen qui sert de référence. Le travail repose alors sur un tableau de mensurations standardisé.
C’est un point essentiel à comprendre : un tableau de mensurations n’est jamais une vérité universelle. C’est un outil statistique, construit à partir de données de population, censé représenter au mieux la personne médiane pour une taille donnée.
Ces tableaux ne s’inventent pas. Ils sont issus de méthodes de modélisme, de travaux d’instituts textiles, de campagnes de mesures de la population, parfois anciennes.
Ils varient selon les pays, les époques, l’âge de la population étudiée, le morphotype visé.
Et ils ont leurs limites : peu de ressources fiables au-delà du 44/46, des morphologies très différentes regroupées sous une même taille, et des évolutions des corps qui ne sont pas encore suffisamment prises en compte.

Créer un patron multi-tailles, c’est donc faire un choix : celui du tableau de référence.
Et derrière ce choix se cache un enjeu majeur : refléter le plus fidèlement possible la diversité des corps réels, tout en restant dans un cadre reproductible.
Chaque créateur est ainsi amené à sélectionner, adapter et affiner son tableau pour qu’il corresponde au mieux à la réalité de sa clientèle. Un sacré défi !

Illustration de méthodes de modéliste et de tableaux de mensurations


Quand les proportions changent avec les tailles

Beaucoup de méthodes de modélisme reposent sur une taille moyenne - souvent le 38 ou le 40 - puis déclinent les autres tailles en agrandissant le patron de façon linéaire.
Sur le papier, cela paraît logique.
Dans la réalité, cette approche ne fonctionne que jusqu’à un certain point… et montre rapidement ses limites, notamment au-delà du 46/48. Car les proportions du corps n’évoluent pas de manière linéaire pour toutes les tailles.
Un 52 n’est pas simplement un "grand 38".
À mesure que les tailles augmentent, toutes les mesures ne grandissent pas au même rythme. Le bonnet de poitrine évolue : on ne travaille plus sur un bonnet B ou C, mais sur des bonnets D, E, voire davantage. La répartition des volumes entre le devant et le dos se modifie. La cambrure est souvent plus marquée. Le ventre et les hanches sont plus proéminents.

Les équilibres doivent alors être repensés pour éviter, par exemple, qu’une couture côté ne bascule vers l’avant ou qu’un ourlet ne remonte.
Les pinces, leur taille, leur placement, leur rôle : tout doit être ajusté.

C’est ce qui rend le patronnage "grande taille" plus complexe. La variabilité des morphologies y est encore plus importante, et certaines règles de modélisme doivent évoluer. Dans bien des cas, il est nécessaire d’adapter en profondeur la structure de départ, voire de construire un nouveau socle spécifique, pour respecter la réalité des morphologies grandes tailles.


La stature : l’angle mort des patrons de couture

Autre point trop souvent ignoré : la stature.
La majorité des patrons (tout comme les vêtements du prêt-à-porter) sont conçus pour une stature standard de 1,68 m. Or, sur le terrain, je constate que la plupart de mes élèves et clientes sont plus petites.

Et non, dans la plupart des cas, raccourcir simplement l’ourlet ne suffit pas.
Pour que la taille, la poitrine et les lignes d’équilibre tombent au bon endroit, ce sont les proportions de l’ensemble du patron qui doivent être adaptées.


Mon cheminement pour construire un tableau de mensurations inclusif

Quand je me suis lancée dans le patronnage, j’avais une idée très claire en tête : proposer des patrons plus inclusifs.
Faisant moi-même une taille 48/50 (merci les 3 grossesses...), je savais à quel point il est compliqué de s'habiller quand on sort un peu des tailles classiques. Je voulais que ma nouvelle gamme de patrons puisse mettre en valeur toutes les morphologies.
Alors avant même de créer mon premier patron, Rêveuse, je me suis posé beaucoup de questions.
Ajouter des tailles, proposer plusieurs statures, faire évoluer les bonnets… je savais que cela représenterait un travail considérable.

Alors pour vérifier que cette intuition correspondait à de vrais besoins - et pas seulement à MON ressenti -, j’ai lancé un sondage auprès de mes élèves, abonnées et lectrices, sur le thème des tailles et des ajustements de patrons de couture.
En quelques jours, j’ai recueilli près de 1 000 réponses, preuve que le sujet était bien réel !

Les résultats ont été très clairs :

  • 55 % des participantes mesuraient moins de 1,64 m,

  • plus d’ 1/4 portaient une taille au-delà du 46,

  • 80 % déclaraient devoir adapter les patrons à leur morphologie (dont 1/3 "toujours ou presque"),

  • et les ajustements les plus fréquents concernaient la stature et la poitrine.

Résultats du sondage portant sur les tailles et ajustements des patrons de couture

Ces chiffres ont confirmé mes choix : il fallait penser une gamme de tailles réellement étendue, qui prenne en compte à la fois les "grandes tailles" et les "petites statures".

Restait un point clé : trouver des bases fiables pour construire ces tableaux. Parce qu’un tableau de mensurations, ça ne s’invente pas au hasard...
Or les ressources restent encore limitées, en particulier pour les grandes tailles, grandes oubliées de la mode française. J’ai donc mené un important travail de recherches, de lectures et d’observation. J’ai comparé différentes méthodes de modélisme, analysé plusieurs tableaux de mensurations, testé des constructions sur des corps réels et suivi plusieurs formations.
C’est dans ce cadre que j’ai découvert l’approche d’une créatrice française, qui a repensé certaines méthodes de modélisme pour mieux prendre en compte les évolutions morphologiques des grandes tailles. Aujourd’hui, elle transmet cette démarche et forme d’autres créatrices afin de faire évoluer les pratiques vers des patrons plus inclusifs. Je me suis formée auprès d’elle pour intégrer cette méthode à mon propre processus de construction.

C’est sur cette base qu’est né Rêveuse, mon premier patron, pensé dès l’origine pour couvrir une large gamme de tailles – du 34 au 58 –, et proposer deux statures (1,60 m et 1,68 m) pour mettre en valeur toutes les morphologies.
C’est cette nouvelle base qui guidera aussi mon prochain patron, Lumineuse, et l’ensemble des modèles à venir.



🧱 2 - Construire les bases de patronnage : le squelette du vêtement

Une fois le tableau de mensurations posé, place à la deuxième étape.
Ces chiffres, aussi précis soient-ils, ne sont encore que des données abstraites. Pour devenir un vêtement, ils doivent être traduits, interprétés, organisés. C’est exactement le rôle des bases de patronnage.


Qu’est-ce qu’une "base" en modélisme ?

Un patron de base n’est pas un patron que l’on coud pour le porter.
C’est une base technique, un patron très ajusté, volontairement neutre, presque austère. Une sorte de seconde peau théorique, pensée uniquement pour comprendre le corps. Son objectif n’est pas d’être joli, mais juste.

Il sert à placer précisément tous les volumes du corps que le vêtement devra habiller : la poitrine, la carrure, la taille, le bassin, les omoplates, la cambrure, la pente d’épaule… Tout doit être à sa place, à la bonne hauteur, avec les bons équilibres.
C’est un peu le "squelette" des futurs vêtements.

Si cette base est juste et équilibrée, alors tous les patrons construits à partir d’elle le seront aussi.
À l’inverse, une base approximative entraînera des modèles qui "tirent", qui tournent, ou qui nécessitent sans cesse des retouches.
Tout l’enjeu est donc là : construire un socle cohérent pour tous les futurs patrons, quelle que soit leur forme ou leur style.


Les bases de patronnage indispensables pour construire un vestiaire

On commence par construire quatre bases fondamentales, qui servent de socle à l’ensemble de la garde-robe :

  • La base de buste avec pinces :
    C’est la base qui sert à construire tous les hauts en chaîne et trame : les tops, les robes, les vestes...
    Les pinces permettent de localiser précisément le volume de poitrine et de structurer le buste.

  • La base de buste sans pinces :
    On l’utilise surtout pour la maille (jersey, sweat…), lorsque l’élasticité du tissu vient remplacer le rôle des pinces.

  • La jupe de base : très ajustée, droite, volontairement simple.
    C’est à partir d’elle que naissent toutes les formes de jupes : droites, évasées, fendues, portefeuille…

  • La base de pantalon :
    Souvent redoutée, parce qu’elle concentre beaucoup d’enjeux techniques, elle sert de socle à toutes les formes de pantalons.

Tous les modèles que l’on crée ensuite – même les plus créatifs – seront des transformations de ces bases : on déplace une pince, on ajoute de l’ampleur, on découpe, on ouvre, on referme… mais on part toujours de ce même socle.

💡 Le saviez-vous ? La manche, quant à elle, n’est jamais une base autonome.
Elle se construit toujours dans un second temps, à partir de l’emmanchure du buste transformé. C’est la forme finale de l’emmanchure qui dictera celle de la tête de manche.


Comment passer du corps en volume, à une base de patronnage à plat ?

C’est sans doute l’étape la plus fascinante… et la plus déroutante quand on débute.
Car il s’agit de faire une chose assez contre-intuitive : traduire un corps, en trois dimensions, en un tracé à plat, en deux dimensions.

On trace d’abord un cadre de construction, à partir des hauteurs et des largeurs issues du tableau de mensurations.
Un simple rectangle, posé sur le papier, qui fixe les limites : hauteur de buste, largeur de poitrine, ligne de taille, ligne de carrure, ligne de bassin… C’est la structure de départ.

Ensuite, à l’intérieur de ce cadre, on vient construire les volumes du corps.
Le travail devient alors beaucoup plus fin : c’est là que le modélisme prend toute sa dimension technique.
On dégaine la calculatrice, l’équerre, le rapporteur, le compas et le pistolet pour dessiner progressivement ce qui fait le relief du corps.
On construit la pince de poitrine, les pinces de taille, la pente d’épaule.
On trace les galbes des côtés, les courbes d'emmanchure, d'encolure.

Chaque ligne a un rôle précis.
Chaque pince raconte un volume.
Chaque courbe est mesurée et équilibrée.

étapes du dessin d'une base de patron de buste sur papier

Tout est calculé pour que le patron de base, une fois cousu, épouse au mieux le volume réel du corps.
Un travail discret, méthodique, parfois ingrat… mais absolument fondamental pour la suite !



✂️ 3 - Confronter la théorie au volume réel : la toile d’essayage

En patronnage, tout est une histoire de passages.
On part d’un corps bien réel, en trois dimensions.
On le traduit en chiffres, puis en lignes et en courbes, à plat, sur le papier.
Et vient alors une étape indispensable : revenir au volume.

C’est à ce moment-là que le patron de base commence vraiment à prendre vie.


Pourquoi l’essayage est une étape incontournable ?

Les mesures précises, les calculs et la géométrie permettent de construire une première base solide.
Mais un corps réel ne se laisse jamais réduire à une simple équation !
Il a des courbes, des reliefs, une posture, des subtilités que même les mesures les plus précises ne peuvent pas entièrement prévoir.
Un passage en volume est donc indispensable pour ajuster les reliefs, affiner les courbes, corriger les tensions et régler les aplombs.

C’est exactement le rôle de la toile d’essayage : faire repasser le patron de la 2D vers la 3D, confronter le tracé à plat au corps en volume. On observe, on ajuste, on affine. Non pas pour tout recommencer, mais pour valider et corriger ce que le travail à plat a posé.

En sur-mesure, cette étape se fait directement sur la personne.
Parce que même à taille égale, un corps peut être très différent d’un mannequin : posture, cambrure, répartition des volumes de la poitrine, du ventre ou du bassin, carrure… rien n’est jamais tout à fait standard. L’essayage est alors indispensable pour coller au plus près de sa morphologie réelle.

Et lorsque je construis un patron "prêt à coudre", basé sur un tableau de mensurations standardisé, le tout premier essayage se fait alors sur un mannequin de modélisme. L’objectif est différent : il s’agit de vérifier que la base correspond bien aux proportions standards que représente ce mannequin.
À ce stade, je ne teste pas encore toutes les tailles, ça viendra plus tard.
Personnellement, je commence par travailler sur deux tailles de référence : un 40 et un 50.


Préparer le mannequin pour l'essayage

Si vous avez déjà observé un mannequin de modélisme, vous avez sans doute remarqué ces rubans colorés, épinglés un peu partout. Ce sont des bolducs : des rubans de coton tressés, à la fois souples et résistants, qui épousent bien les formes.
Ils servent à matérialiser sur le mannequin les lignes fondamentales du corps : les milieux devant et dos, les lignes de côtés pour les aplombs, mais aussi des lignes de construction comme la ligne de taille, de bassin, de poitrine, la carrure ou la base du cou.

Ces lignes ne sont pas décoratives, elles sont précieuses. Ce sont des repères visuels très utiles, qui serviront de référence lors des essayages.
Elles permettront de vérifier, en un coup d’œil, si une couture tombe au bon endroit, si une ligne est trop haute ou trop basse, si un volume bascule vers l’avant ou l’arrière.

💡 La pose des bolducs demande beaucoup de précision… et un peu de patience.
Pour les fixer, on utilise une technique d’épinglage en deux temps, et il n’est pas rare de devoir casser la pointe des épingles pour éviter qu’elles ne dépassent et ne gênent le travail ensuite. Autant dire que le bout de mes doigts s’en souvient encore 😊


Réaliser une toile d’essayage

La toile d’essayage est généralement réalisée dans une toile de coton écru, appelée calicot ou toile à patron. Sa bonne tenue aide à bien visualiser les éventuels défauts, et sa couleur claire unie permet d'écrire facilement dessus, pour marquer les corrections.

Lorsque je coupe ma toile d'essayage, j’ajoute volontairement des marges de couture assez larges, de 2 cm. Elles me permettront d’ajuster, de redonner de l’aisance si nécessaire, sans être contrainte par un manque de matière.
J’y reporte ensuite, à la roulette, toutes les lignes de construction : poitrine, taille, hanches, milieux, côtés… Ces repères me serviront pendant l’essayage, en lien direct avec les bolducs du mannequin.

Puis vient la couture de la toile : à la machine à coudre, avec un point long qui sera facile à découdre si besoin, ou même un simple bâti à la main. Sans chercher la perfection : l’objectif n’est pas de faire joli, mais de pouvoir ajuster.

Et enfin… place à l’essayage.
L’instant de vérité.

Si les mesures sont justes et la construction correcte, les volumes tombent globalement au bon endroit. Les ajustements restent alors ciblés : retoucher une courbe d’emmanchure, affiner un galbe de côté, déplacer ou rallonger légèrement une pince…
On découd, on déplace, on épingle, on trace au crayon directement sur la toile les nouvelles courbes, les nouveaux repères.

💡 Pour les premiers essayages, je bâtis parfois les pinces uniquement avec des épingles.
La toile ressemble alors à un hérisson… mais c’est bien plus pratique pour ajuster directement le patron.
Le plus difficile reste de ne pas trop se piquer les doigts — ou pire, de planter une épingle dans la peau du modèle.
Mais comme je fais surtout des patrons standard, mon mannequin Bonnie ne se plaint pas trop 😉

photos d'une toile d'essayage de buste en calicot


Affiner la base de patronnage

Une fois la toile correctement ajustée, toutes les modifications sont pointées sur la toile, puis reportées sur le patron de base.
On mesure les écarts, on redessine les courbes, on rectifie les lignes.
La précision redevient centrale : la règle, la roulette, le poinçon sont de sortie.
Les maths et la rigueur aussi — encore elles.

Si les corrections sont importantes, notamment en sur-mesure, un second essayage peut être nécessaire.
Mais lorsque cette étape est bien menée, on obtient enfin une base fiable, équilibrée, prête à être transformée, déclinée, gradée.

La base n’est plus une simple construction théorique.
Elle est devenue un véritable socle, validé en volume.

Et c’est à partir de là que la création pourra vraiment commencer... 🪄



👩‍💻 4 - Informatiser et grader le patron de base

De mon côté, j’ai fait le choix de tracer mes bases sur ordinateur, dès le départ.
D’autres modélistes construisent d’abord sur papier, avant d’informatiser ensuite. Les deux approches sont possibles.
Mais aujourd’hui, une chose est sûre : dès que l’on souhaite proposer un patron précis, reproductible et décliné en plusieurs tailles, le passage par l’informatique devient indispensable.


L’ordinateur en patronnage : un outil, pas une baguette magique

On imagine parfois un logiciel capable de “faire le patron tout seul”.
En réalité, c’est tout autre chose : le logiciel ne remplace jamais le modéliste.

L’ordinateur est simplement un outil.
Il remplace le papier, le crayon, la règle et le pistolet… mais c’est toujours une personne derrière l’écran qui réfléchit, qui décide et qui construit le patron.


Le principe du tracé numérique en modélisme

Le logiciel que j’utilise pour tracer mes patrons repose sur le principe du dessin vectoriel et paramétrique.
Plus simplement, cela veut dire que le patron n’est pas "dessiné à l’œil". Mais on le construit, point par point, un peu comme sur papier… avec les mêmes règles mathématiques et de géométrie.

Le logiciel place d’abord les points, en hauteur et en largeur, en fonction des mesures du corps et des formules de calcul que je lui donne. Puis je relie ces points, par des lignes ou des courbes, définies par des angles, des rayons, des directions.

Par exemple, quand je trace une largeur de poitrine, le logiciel ne devine rien : je lui indique la mesure du tour de poitrine, sa hauteur, la formule de calcul pour séparer devant et dos, la direction et le point de départ.

Comme sur papier, on avance étape par étape.
Et comme chaque point dépend souvent du précédent, il faut construire dans le bon ordre et rester très organisée.
Une erreur au départ – un point mal placé, une formule incorrecte – peut bloquer toute la suite du tracé. Il faut alors revenir en arrière, corriger, voire reconstruire une partie du patron !

À l’écran, cela donne parfois un véritable enchevêtrement de points, de lignes et de repères. 🤯
C’est là que l’organisation devient cruciale : chaque point doit être nommé, structuré en sous-ensembles, pour ne pas perdre le fil.

Construction d'un buste sur un logiciel de modélisme
détails du buste construit sur un logiciel de modélisme

C’est un travail rigoureux, parfois exigeant…
Mais cette rigueur a un énorme avantage : une fois la base correctement paramétrée, elle devient beaucoup plus facile à faire évoluer, avec une grande précision et sans risque d'erreurs de calcul.
L’informatique devient alors un véritable prolongement du travail de modélisme : en bref, le logiciel ne remplace pas la réflexion, mais il la sécurise 😉.


Grader la base : faire évoluer le patron dans toutes les tailles

Une fois la base validée dans une ou 2 tailles de référence (taille 40 et 50 dans mon cas) vient alors une étape clé : la gradation dans toutes les autres tailles.
Mais attention, contrairement à une idée reçue, grader ce n’est pas simplement agrandir ou réduire un patron uniformément.
Parce que toutes les mensurations d’un corps n’évoluent pas de la même manière : la poitrine, la répartition des volumes devant et dos, les hauteurs… tout bouge, mais pas toujours uniformément d’une taille à l’autre.

C’est là que l’informatique devient une aide précieuse : le logiciel permet d’intégrer ces évolutions grâce à aux règles et aux formules de calcul qu'on lui donne.
Ainsi, à partir de bases validées en taille 40 et 50, je peux décliner le patron du 34 au 58, et en deux statures, soit 26 tailles au total !
Un travail qui serait extrêmement fastidieux à la main... et qui est rendu beaucoup plus fiable et précis grâce au numérique.

Bien sûr, le travail ne s’arrête pas là. Une fois la gradation effectuée, je fais de nouveaux essayages dans d’autres tailles pour vérifier que l’évolution fonctionne : notamment en grande taille, où les équilibres changent davantage.

C’est du temps, beaucoup de temps.
Mais c’est un temps parfaitement investi.
Parce qu’une fois la base validée, gradée et testée dans toute la gamme de tailles, elle devient alors une fondation solide pour la suite. C’est à partir d’elle que tous les futurs modèles vont être construits.

Une base fiable, pensée pour durer, et capable d’évoluer sans perdre ses équilibres.
Une base que l’on peut transformer, interpréter, détourner… en toute confiance.

Mais ça, c’est une autre histoire, qui mérite un article à part entière,
et ce sera l’objet du prochain épisode ✂️



💫 Le mot de la fin – Une base invisible, porte ouverte vers la créativité

Construire un vêtement, c’est un peu comme construire une maison.
Avant de penser aux fenêtres, à la toiture ou aux finitions, il faut des mesures justes, un plan clair… et des fondations solides.

Dans cette première étape du patronnage, on est parties du corps réel et de ses mensurations,
pour les traduire en une base à plat,
la remettre en volume grâce à la toile d'essayage,
puis l’ajuster jusqu’à obtenir une base fiable et cohérente, qui pourra ensuite être déclinée à l’infini.

Ce travail reste invisible dans le vêtement fini.
Mais c’est lui qui permet ensuite de créer librement, sans bricolage ni compromis.

Et maintenant que ces fondations sont en place, tout peut vraiment commencer...
Dans le prochain article, on quittera les bases pour entrer enfin dans la partie la plus réjouissante du processus : transformer cette base et voir naître, enfin, un modèle de vêtement, le patron "Lumineuse" ✨
Là où la technique se met au service de la création… et où tout devient possible !



Je vous donne rendez-vous dans quelques semaines pour la suite de cette belle aventure... Le temps pour moi d'avancer un peu dans le processus de création de mon nouveau patron Lumineuse, fil conducteur de cette série.
D'ici là, n'hésitez pas à me faire part en commentaire de vos réflexions et de vos questions, qui m'aideront à enrichir la suite.
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À bientôt !

Séverine - Les Serial Couseuses

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8 comments

Laurence Devaux4 sem

Merci Severine pour ces très longues explications. Bien que cousant depuis des lustres , je ne pensais pas du tout l'ébauche d'un patron si complique . Je "consommais " le patron , désormais, je vais réfléchir aux différentes étapes. Merci pour votre gentillesse

Les Serial Couseuses3 sem

Merci beaucoup Laurence pour votre message, il me touche sincèrement.

Même quand on coud depuis longtemps, on n’a pas toujours conscience de tout le travail en amont, et c’est justement ce que j’avais envie de partager à travers cet article.

Les patrons restent bien sûr de formidables outils à “consommer”, mais comprendre ce qu’il y a derrière permet souvent de les utiliser avec encore plus de recul et de confiance.

Merci pour votre lecture attentive et vos mots très encourageants.

Annie Deschamps3 sem

Merci Séverine pour toutes ces explications très intéressantes. Je serais bien incapable de créer un patron mais je vais quand même essayer de prendre toutes les mesures nécessaires et placer les bolducs sur Pélagie.

Merci.

Les Serial Couseuses3 sem

Bonjour Annie,
Merci pour votre message : je suis heureuse que cet article vous ait plu ;-)
C’est exactement ça : pas besoin de créer un patron pour découvrir tout ce qu’il y a derrière un vêtement. Prendre des mesures précises et placer les bolducs sur Pélagie est déjà une super façon de comprendre le travail du patron et de se familiariser avec les ajustements.
C’est ce même regard qui rend l’ajustement d’un patron à sa morphologie si intéressant et gratifiant, à chaque cousette. A bientôt pour la suite ! Séverine

Christelle Le-Saint3 sem

Merci beaucoup Séverine! C'est passionnant et quel travail! Déjà, à mon niveau, avec ma toile et ses défauts, je ne sais pas toujours comment les supprimer sur mon patron, alors là, on n'est pas loin de l'ingénierie finalement. Moi qui étais une pure littéraire, de loin, c'est un univers presque effrayant de complexité. Bref, on est loin de la petite main. ; - )

Les Serial Couseuses3 sem

Bonjour Christelle,
Merci beaucoup pour votre message ! 😊
Je comprends tout à fait ce sentiment : quand on découvre l’envers du décor du modélisme, on se rend compte que la création d’un patron est un vrai petit monde à part, presque “ingénierie” comme vous dites. Un monde que l'on est loin d'imaginer quand on coud un patron... C’est exactement ce que j’ai ressenti au début moi aussi : fascinant, mais impressionnant.
C’est pour ça que j’aime partager ces étapes : pour montrer qu’il y a tout un travail derrière un patron. Et c’est aussi ce qui rend l’ajustement d’un patron à sa morphologie si intéressant et utile, sans avoir besoin de créer son propre patron.
J’ai hâte de partager le volet 3, où je parlerai de la partie créative : RDV le mois prochain pour de nouvelles découvertes ! A bientôt. Séverine

Stéphanie Mongellaz3 sem

Merci Séverine pour toutes ces explications. Je ne couds pas depuis longtemps mais j'ai trouvé cela très instructif. Effectivement un immense travail...

Les Serial Couseuses3 sem

Merci Stéphanie pour votre retour. Je suis ravie que cet article ait pu vous éclairer un peu. La suite sera encore plus concrète avec les premières étapes de la vraie création ! A bientôt ;-)

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